La confusion des sentiments

18 octobre 2021
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La confusion des sentiments est une nouvelle de Stefan Zweig publiée en 1927. Elle retrace l’histoire d’un jeune garçon de 19 ans, Roland, qui découvre sa passion pour les études grâce à l’un de ses professeurs. Étroitement liée aux théories naissantes de la psychanalyse, Zweig construit sa nouvelle sur un modèle freudien d’introspection et de défoulement. C’est en effet, le Roland du présent, âgé de 60 ans, qui raconte sa propre jeunesse, prenant au fil du récit, conscience des sentiments qui ont motivé les choix de sa vie. 

Alors que Roland est un professeur réputé, ses élèves lui font parvenir pour son anniversaire un livre qui retrace l’ensemble de son parcours. Le professeur est déconcerté par l’absence totale d’un nom, celui du professeur qui à déterminé toute son existence. C’est donc pour combler cette absence que le narrateur entreprend le récit de cette nouvelle, afin de rétablir une vérité, refoulée depuis longtemps. 

Cette nouvelle commence par retracer les débuts du parcours académique du jeune Roland. Fils d’un proviseur, Roland est accablé par le poids du savoir de son père, et se construit par opposition envers ce dernier. Les livres lui font horreur, et par pur esprit de contradiction, Roland cherche à se construire une vie oisive, et légère. Envoyé à Berlin pour étudier, il gaspille son temps et son énergie, s’entourant de mauvaises fréquentations, et accumulant les expériences lubriques. Un jour, son père lui rend visite, et découvre que Roland ne va pas en cours. Des retrouvailles fortes humiliantes pour notre jeune étudiant qui voit son père découvrir sa frivolité. 

Envoyé dans un village modeste pour poursuivre ses études, Roland fait immédiatement la rencontre de ce professeur qui va changer sa vie. Après leur première rencontre, Roland ressent une certaine honte à ne pas être instruit, et se plonge dans une course au savoir, dévorant les livres les plus ardus, jusqu’à s’épuiser mentalement et physiquement.

La relation du professeur à son élève devient rapidement fantasmatique et obsessionnelle. Roland lui voue une admiration sans limite qui exprime ici un sentiment bien humain, celui du transfert. Incapable de s’identifier à son père, Roland fait de son professeur son unique référence, et est prêts à absolument tout pour obtenir son affection. Les émotions de notre personnage commencent à s’entremêler, si bien qu’il n’est plus capable de définir ce qu’il ressent à l’égard de son professeur. 

Ce qu’il faut retenir de cette nouvelle c’est avant tout l’importance que prend la passion dans les comportements humains. Cette dernière est dépeinte comme à l’origine de toutes nos actions, et de tous nos maux. Quand celle-ci est refoulée, elle à la capacité de faire sombrer l’Homme dans la folie, comme nous l’avions vu précédemment avec l'œuvre Amok, du même auteur. Ici, dans cette nouvelle, on retrouve cette passion inexprimée qui dévore de l’intérieur tant le professeur, que son élève. 

Avec beaucoup d’audace pour l’époque, Zweig dépeint en réalité une relation homosexuel, refoulé en raison de la morale et des lois. Le professeur, ayant toute sa vie refusé d’exprimer ses sentiments véritables, contemple sa propre destruction, face à l’amour qu’il éprouve pour son élève. Toujours sur un modèle Freudien, il finit par défouler toutes ses émotions, révélant à Roland, ses véritables intentions à son égard, avant de disparaître pour toujours. 

L’art de la nouvelle est maîtrisé à la perfection par Zweig qui parvient, en seulement quelque page, à retracer la jeunesse toute entière de Roland, tout en exprimant le malaise, et l’angoisse provoquée par ses sentiments les plus profonds. Grâce à tout un système stylistique, construit à partir de métaphores saisissantes, Zweig parvient à nous faire saisir l’aspect fantasmatique de la relation, mais également à nous permettre d’interpréter les sentiments des personnages, au regard des théories de psychanalyse existantes. 

Déborah 

WEILL 

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