Le Cid ou la tragi-comédie politique de Corneille

12 avril 2021
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Le Cid est une pièce en cinq actes du célèbre dramaturge Pierre Corneille. Lue par de nombreux écoliers dans le monde entier, cette pièce présente des intérêts littéraires tout à fait remarquables en raison de son originalité.

Inspirée à la fois par la dramaturgie shakespearienne mais surtout par des œuvres hispaniques, la pièce s’ancre dans l’univers de la Cour d’Espagne pendant la période du Moyen-Age. Il s’agit dans le premier acte de rendre compte au spectateur des éléments déclencheurs de la tragédie. Rodrigue et Chimène sont deux êtres amoureux et promis au mariage. Mais le père de Chimène subit l’affront de voir le père de Rodrigue choisi à sa place par le roi pour être le précepteur du prince. Il est si indigné par ce choix qu’il en vient à gifler son opposant. Pour l’époque cet affront est colossal. Le sang généreux de la famille de Rodrigue oblige ce dernier à accepter son devoir filiale, et à accepter l’épée tendue par son père pour venger en duel l’affront commis par le père de sa promise.

La tragédie de Rodrigue commence lorsque ce dernier est obligé de choisir entre l’honneur de sa famille et l’amour de Chimène. Le personnage lutte contre les passions : l’honneur, l’amour, la patrie, la foi. Pourtant, le choix de Rodrigue ne peut se porter sur l’amour car pour conserver le respect de Chimène, il ne peut pas renoncer à son honneur. Il choisit de sacrifier son amour et Chimène est par la suite contrainte de suivre le même chemin pour à son tour sauver son honneur. C’est une véritable leçon humaine qui est donnée. Le sacrifice assure le triomphe, car l’amour est plus fort que la mort. Les passions nobles sont rendues sublimes grâce à l’intensité des dilemmes qui animent les personnages, et qui sont aujourd’hui considérés comme l’élément caractéristique des pièces de Corneille. 

Au-delà de la peinture sublime des comportements des personnages, si noble et si généreux, le Cid est avant tout une pièce politique. L'œuvre est publiée en 1637 et connaît immédiatement un franc succès « Tout paris pour Chimène, a les yeux de Rodrigue ». A cette époque, Richelieu est en train de s’adonner à la lourde tâche de centraliser et renforcer le pouvoir royal en France. Promoteur d’une monarchie de droit divin, il souhaite abolir le trop grand pouvoir des Seigneurs, qui empêchent le pays de s’unifier. Corneille écrit donc une pièce qui met en scène trois duels au moment même où Richelieu décide de les interdire. Est-ce là le signe d’une contestation ? Pas le moins du monde ! Corneille au contraire valorise cette interdiction. Dans l'œuvre, nous observons la place du roi évoluée jusqu’à devenir omniprésente. Au début de l'œuvre, il est absent du duel qui oppose le père de Chimène au père de Rodrigue. Plus loin, il est informé a posteriori du meurtre du père de Chimène par Rodrigue. Enfin, le dernier duel qui oppose Rodrigue, et un autre prétendant de Chimène est lui parfaitement encadré et surveillé par le Roi lui-même, qui est le seul décisionnaire de ce duel. Alors que la présence du roi s’affirme, l’indépendance des nobles de sa Cour recule elle à grand pas. 

Le Cid est donc profondément une pièce morale et politique qui souhaite par la peinture de personnages aux caractères sublimes, corriger les défauts d’orgueil et d’ambition du spectateur. La Bruyère écrit à propos de la pièce « Corneille peint les hommes comme il devraient être, tandis que Racine les peint tel qu’il sont ».

Si la pièce est devenue mythique et incontournable aujourd’hui, elle a cependant suscité une grande querelle à l’époque de sa parution. Résolue par l’académie française donnant raison à Corneille, cette querelle tenait à mettre en avant le non-respect des règles d’unité de temps, de lieu et d’intrigue, mais également l’absence totale de vraisemblance. En effet, en à peine 24h, Rodrigue venge son père en tuant le père de Chimène, s’en va se battre contre les Maures, et revient en tant que héros, sauveurs de la ville, pardonné par le roi, et de nouveau promis à Chimène, dont le deuil semble oublié. De plus, l’intrigue est plurielle : entre l’épisode de la gifle, le départ de Rodrigue pour la guerre, et la tragédie de l’Infante qui aime Rodrigue, la pièce est pleine de rebondissements, chose peu commune à l’époque. Si les critiques ne manquent pas de souligner ses irrégularités, il n’en demeure pas moins que le monde reconnaît la grandeur de l'œuvre. 

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