S’il est une chose que le Padre connait c’est bien l’Homme, pour le fréquenter de très prés dans les circonstances les plus difficiles.

A 20 ans il voit la carrière militaire se refuser à lui pour des raisons de santé (G5 !), un autre sacerdoce l’appelle et à 22 ans il entre au Séminaire à Toulon répondant à l’appel de sa foi. Il est ordonné prêtre en 1997 toujours à Toulon, puis après un an et demi de vie paroissiale, le voici « de retour » dans la famille militaire, puisqu’il devient Aumonier aux Armées (d’où le surnom de « Padre »). Il est affecté à l’école des parachutistes à Pau pendant 5 ans. Ne voulant pas passer pour un planqué, il suit l’instruction de ses ouailles et se prend au jeu qui consiste à se jeter de l’avion bien avant que ce dernier n’atterrisse. Après une parenthèse chez les Sapeurs-Pompiers de Paris, il est affecté par son évêque, à qui il doit obéissance, au prestigieux Premier Régiment de Chasseurs Parachutistes (1er RCP, le régiment le plus décoré de l’armée française). Il continue à pratiquer le parachutisme et a vite compris que l’Aumônier aux armées avait un premier et impératif devoir, celui de partager le vécu et le ressenti de ceux qu’il doit aider. Aussi n’hésite-t-il pas à chausser les rangeots pour une marche de 100km avec ceux qui deviendront ses frères d’armes.

Sa fonction le mène ensuite au sein du non moins prestigieux 2éme Régiment Etranger Parachutiste (2éme REP), puis en Martinique et en Guadeloupe, dans la Gendarmerie à Versailles et enfin durant trois années au Val de Grâce.

Il a non seulement connu la vie militaire comme il le souhaitait quand jeune homme il voulait s’engager, mais il a aussi connu la guerre, il l’a vue de près puisqu’il est parti 8 fois en OPEX (Opérations Extérieurs), et dans des lieux où la vie ne pesait pas très lourd (Afghanistan, Tchad, Kosovo, Bosnie…).

Le 31 mars 2019, après 20 ans de service, c’est le retour à la vie civile, avec une affectation à la paroisse de Saint-Louis des Français à Lisbonne où il est arrivé le 9 avril 2019.

Changement de décor et changement de vie pour l’homme de Dieu qui après avoir risqué sa vie, enterré des camarades, visité des veuves et des orphelins de guerre, réconforté, apaisé des hommes brisés par la guerre, avoir totalisé plus de 1 000 sauts en parachute (pour un exempté G5, c’est miraculeux !), se retrouve recteur de Saint-Louis des Français.

S’il est nostalgique de l’action, de la vie trépidante ? Le Padre évite de se poser la question, ou plutôt évite de donner la réponse à cette question. Dans la sérénité de sa conscience, il sait que Dieu a aujourd’hui besoin de lui ici et ainsi, et dans le fond de son cœur, il sait qu’il a laissé une part de lui-même dans ces paysages de guerre, auprès de ses frères d’armes, dans ces moments ou votre vie ne dépend plus que de la volonté de Dieu, ou du hasard, choisissez votre transcendance !

Son témoignage est un moment fort, empreint d’émotion, de hauteur de vue et d’humanité. On dit qu’on ne sort pas indemne de la guerre, le Padre lui en est sorti grandi et fortifié.

On est grâce à la qualité du témoignage à mille lieues de soucis minimalistes du coronavirus ou des élections à venir.

Vos chroniqueurs habituels sont restés sans voix, pleins d’humilité devant la force du récit du Padre.